Jean-François Devillers
Photographe auteur



 Tchernobyl

 

Photographier Tchernobyl est un défi pour la photographie. Parce que Tchernobyl n’est pas d’abord le nom d’une ville d’Ukraine, mais un mot qui évoque la catastrophe causée par l’explosion d’une centrale nucléaire le 26 avril 1986.

Cette catastrophe a exigé la mobilisation de 600 000 "liquidateurs", elle a conduit à l’évacuation totale de toute la population vivant dans les environs fortement contaminés de la centrale, elle a causé la mort d’un nombre de personnes qu’on s’est bien gardé de calculer, elle a précipité la fin du communisme soviétique et elle est venue mettre un terme à un certain optimisme technologique et industriel partout dans le monde.

Tchernobyl est donc le nom à la fois d’un lieu et celui d’un évènement. Et c’est bien pour cela que photographier Tchernobyl est un défi. Comment en effet représenter des lieux, des bâtiments, non pas seulement pour eux-mêmes, mais en tant que stigmates, traces, séquelles de la catastrophe ? Comment faire voir l’évènement qu’est Tchernobyl et non pas simplement un monde abandonné ? Mais aussi, comment rendre visible ce qu’on peut ressentir en ce lieu ? Comment donner à voir la peur et la menace ? Comment rendre l’inquiétant effroi causé par un danger qui se dérobe au regard ?

En somme, comment figurer par des photographies la face invisible mais si intensément présente de Tchernobyl : la terreur et le chaos, le tremblement du regard et l’ébranlement du monde ?

La série complète compte 96 images. Pour la voir en totalité, veuillez me contacter

Pour une analyse complète :

http://theoriedesimages.wordpress.com/2009/12/10/photographier-tchernobyl/
A lire aussi, le beau commentaire de Pierre Vinclair :

http://vinclairpierre.wordpress.com/2009/11/20/visions-de-tchernobyl/








Jérusalem, une ville des mondes

Jérusalem est sacrée pour les Juifs, les Musulmans et les Chrétiens. L’ironie métaphysique de la sacralisation des mêmes lieux par trois religions pour lesquelles il ne peut en exister qu’une seule, loin de prêter à sourire, exacerbe l’affirmation de son appartenance à l’une d’entre elle. Si bien que dans les rues étroites de la vieille ville de Jérusalem, ce sont moins des personnes singulières qui se côtoient que les représentants de communautés qui affichent les signes de leurs identités religieuses. Quant à ceux qui ne se présentent pas comme les membres identifiables au premier regard d’une communauté religieuse, à savoir les touristes venus du monde entier et les militaires israéliens, ils ne peuvent se prévaloir d’aucune neutralité. Bien peu s’en réclament du reste, et le voudraient-ils qu’ils seraient immédiatement assignés à un groupe, un camp, une communauté par les autres. Impossible d’être simplement quelqu’un. Entre toutes ces personnes réduites à leur appartenance, les échanges extracommunautaires sont autant que possible évités. C’est à peine si on se regarde. Un sourire passerait pour une folie ou une provocation. La tension est aussi feutrée qu’intense. Contenue par l’indifférence dédaigneuse que chacun s’efforce d’avoir à l’égard des autres, elle enferme chacun dans ses certitudes, dans sa communauté, dans son monde.

C’est précisément cela que j’ai voulu rendre dans cette série : la diversité des mondes qui se croisent et s’ignorent dans ce tout petit espace qu’est la vieille ville de Jérusalem.

A propos de cette série, vous pouvez lire l’analyse de Pierre Vinclair à cette adresse :http://vinclairpierre.wordpress.com/2010/11/14/le-sens-de-jerusalem/











 Bateaux de la mer d'Aral - Kazakhstan

Mer d'Aral

Ces bateaux ont déjà été photographiés et filmés à de nombreuses reprises, généralement pour en faire le symbole du désastre écologique qu’est l’assèchement de la mer d’Aral et accessoirement une mise en accusation du communisme soviétique. Mais il m’a semblé qu’on pouvait les voir et les montrer autrement. D’abord parce que ces bateaux ne sont pas seulement les stigmates d’un désastre, ils constituent aussi un spectacle surréaliste et d’une saisissante beauté. Ensuite parce qu’ils n’ont pas toujours été des vestiges, ils ont connu la mer où ils étaient l’outil de travail des pêcheurs.

C’est cela que j’ai voulu rendre visible. En transformant la steppe plate et sèche en mer agitée par des vagues et en tâchant de rendre sensible les torsions et cette sorte d’effort animal que les bateaux semblent avoir lorsqu’ils avancent sur la mer. En même temps que leur beauté, il s’agissait de rendre présente la mer qui ne les porte plus sur ses flots.

Pour cela, j’ai réalisé des images composites : des assemblages par ordinateur de vues partielles des bateaux ou du site. Mais sans du tout dissimuler le procédé. Il ne s’agissait pas de concevoir des images crédibles, mais au contraire qu’on comprenne que ce sont des images construites, que ce n’est pas comme ça « en vrai ». Tout simplement parce que l’enjeu était de rendre visible une vision poétique et cependant pas du tout fantaisiste de ces bateaux.










 Shanghai

Lorsque des Occidentaux repèrent la mention « old city » sur la carte d’une ville, ils s’imaginent y découvrir des quartiers, des bâtiments ou des monuments évidemment entretenus, voire restaurés, qui témoignent glorieusement du passé de la ville. A Shanghai, si lassé par la modernité fulgurante, mais sans cachet chinois de la ville nouvelle, le touriste occidental se rend là où sa carte indique la vieille ville, il en sera pour ses frais. Ici, ce qu’on y appelle la vieille ville, ce n’est pas tant le quartier le plus vieux de la ville que le plus décrépit. « Vieille ville » ici veut tout simplement dire : résidu d’un passé révolu et sans gloire pour la Chine, poches urbaines en attente de rejoindre la modernité de la ville à la verticale. Et de fait, la « vieille ville » n’est constituée que de quartiers résidentiels malcommodes, sans confort, très souvent insalubres, parfois proches de la ruine. Déplorer, comme on le fait si souvent en Occident, que les Chinois les rasent petit à petit pour y construire des immeubles, cela revient ni plus ni moins à souhaiter que leurs habitants persistent à vivre dans des conditions qu’aucun occidental n’accepterait pour lui-même.

Pour s’en persuader, il suffit de s’y promener et de voir comment tant bien que mal des hommes et des femmes de tous âges y vivent, comment dans ces quartiers en sursis on y mène des existences crépusculaires.

NB : toutes les images de cette série n’ont fait l’objet d’aucune manipulation numérique.











Vers la guerre - Géorgie 2008


Se retrouver par hasard sur le lieu du déclenchement d’une guerre, le jour où elle commence. Et comprendre que tout le chemin parcouru en Géorgie pour arriver à Gori ce 7 août 2008 nous précipitait vers elle...










L'hiver en Ukraine









L’homme aux prises avec les rigueurs de l’hiver, c’est-à-dire aux prises avec la pauvreté du monde rural et les dégâts provoqués par le libéralisme sauvage succedant à cette espérance trompeuse que fut le communisme.









Des allers, des retours




Toutes les images de cette série ont été réalisées au volant de ma voiture sur l’itinéraire que j’empruntais quotidiennement entre mon domicile au Mans et mon lieu de travail à Allonnes sur une période d’environ trois ans, entre 1999 et 2001.

Ce trajet familier n’est qu’un déplacement entre deux points de l’espace, entre deux moments du temps, un moment sans densité au cours duquel défilent des lieux privés d’attrait par l’habitude de les traverser. Un entre deux en trop.

Un anti-voyage.









Flesh



Cette série est d’abord une sorte d’hommage rendu aux photographies de légumes d’Edward Weston, tout spécialement Pepper No. 30. Mais au lieu que la photographie d’un poivron fasse penser à un dos humain, il s’agissait à l’inverse à partir du corps humain de figurer quelque chose d’autre. Non pas des légumes, mais la vie organique sous toutes ses formes, la plasticité même du vivant.









Vagues



Rien que des vagues...








Flou

Flou

Le flou en photo est souvent compris comme un défaut technique, le signe d'un manque de maîtrise. Plus rarement, il peut aussi être apprécié en lui-même, comme un procédé qui aurait le pouvoir de rendre la réalité plus poétique. Mais si le flou n'était ni l'un ni l'autre ? Ni une maladresse qui manquerait de montrer ce qui est à voir, ni un procédé qui recouvrirait le réel d'un voile mystérieux, mais une spécificité technique de la photo qui lui donnerait un pouvoir propre. D'accord, mais lequel ? Celui non pas de rendre le visible ou de le surcharger, mais de rendre visible dans des images le flux fou de la vie même.




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